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Toi et Moi

Prier

Toi et Moi

 

J’ai d’abord été attirée par ton charme, par ton sourire, par ta flexible démarche,
par tes réparties, par tes silences.
Mais ce n’était pas l’amour.
 
Puis j’ai apprécié tes qualités « sérieuses », comme on dit :
tu savais faire la cuisine, soigner les plaies, dresser un budget ;
mieux que cela : tu aimais les enfants, tu t’intéressais au idées,
tu avais sur les grandes valeurs de la vie des intuitions sûres et cependant non conformistes.
Tout cela me plaisait.
 
Je pouvais dire pourquoi tu méritais l’amour.
Mais ce n’était pas l’amour.
 
Ensuite, j’ai su ou j’ai vu que ta vie intérieure était solide et personnelle…
J’aimais en toi cette grâce jaillissante.
Mais ce n’était pas l’amour.
 
Un jour, tandis que j’hésitais, une idée étrange me traversa :
« Supposons qu’elle perde tout cela.
Que la fraicheur éclatante de son corps se flétrisse, que son sourire s’éteigne.
Que peu à peu ses grandes vues sur le monde, sur l’art, sur les humains perdent leur sûreté,
ou qu’à côté grimacent des opinions hasardeuses et folles.
Que ses vertus mêmes ne soient plus rien en face de ses défauts.
Que sa vie spirituelle s’étiole ou s’écarte de la mienne, ou même sombre un temps dans le péché.»
 
Chacune de ces hypothèses était pour moi une blessure.
Mais chaque fois je répondais : « Oui, quand même.»
 
Ce jour-là, j’ai entrevu ce qu’était l’amour.

Anonyme, Toi et Moi, Florilège pour la vie à deux, Ed. Mediaspaul, 2009