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Rencontre : ce que veulent les femmes

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Mais que veulent les femmes ?

"En face des femmes émancipées, il faut des hommes consistants". Martin Steffens

Martin Steffens, professeur de philosophie en classes préparatoires, a publié avec Chantal Delsol, membre de l’Institut, « Le nouvel âge des pères » qui explore la crise actuelle de l’identité et de la différence des sexes. Entretien sur ce que veulent les femmes.

Dans votre livre, vous avancez l’idée que le père, et l’homme en général, manque de consistance. Comme une pâte qui n’a pas pris ou ne veut pas prendre. À qui la faute ?

Je ne crois pas qu’il y ait un coupable tout désigné. Et s’il existe, je ne pense pas qu’en l’accusant, nous ayons résolu quoi que ce soit. L’histoire des Hommes s’accouche dans la douleur… et dans les excès : libérer les femmes, en les traitant à égalité avec les hommes, conformément à l’enseignement du christianisme lui-même, c’est quelque chose de tellement grand, que cela entraîne des effets non-désirés et non-désirables. L’un de ces effets est la culpabilisation des hommes : des hommes interdits de l’être. La seule posture réellement féconde est, je crois, de montrer au contraire qu’en face des femmes émancipées, et pour que cette émancipation soit plus que sa caricature ultra-féministe, il faut des hommes consistants.

Autant la féminité est aujourd’hui exaltée, autant la virilité est moquée et même niée. Mais sait-on encore au juste ce que recouvre cette virilité ? Comment la définir ?

Pour moi, être viril, c’est inspirer confiance. La virilité est d’abord une vertu relationnelle. C’est vivre et penser sa vie de telle sorte que les êtres avec qui nous nous lions sentent qu’ils peuvent compter sur nous. Ce qui ne veut pas dire ne pas avoir des failles, ne pas avouer humblement sa faiblesse, mais simplement ne pas entretenir ces failles ou s’y complaire. Ce qui veut, positivement, dire : avoir une parole et savoir la donner, fuir tout ce qui me perd inutilement, me disperse, m’amollit. Le temps du fun, de la « déconnade », d’une vie sans risque, ni combat est fini. Être viril, c’est aimer la vie jusque-là et incarner, pour ceux dont nous avons la charge, la promesse d’une vie sans coups bas.

Si la femme, par son émancipation, est plus exposée, elle a besoin de sentir que son homme est là, qui la soutient, lui fait pleine confiance et ne l’abandonnera pas. En quoi saint Joseph est-il un exemple de cette virilité ?

Saint Joseph, c’est l’une des figures les plus discrètes de l’Évangile. Mais cette discrétion est un trait positif de son être : Joseph est le sol sur lequel reposer, il est l’appui. Or, qui fait attention au sol, quand il nous porte, tant qu’il nous porte ? L’homme est cette enceinte et ce sol ferme pour que la femme puisse, en toute confiance, « tomber enceinte », c’est-à-dire se faire passage pour la vie. Joseph est, de plus, un exemple de virilité pour notre temps. Car, comme beaucoup d’hommes aujourd’hui, il évolue dans l’ombre d’une figure féminine lumineuse, Marie. Mais il ne vit pas cela comme une humiliation, au contraire. Si la femme, par son émancipation, est plus exposée, elle a besoin de sentir que son homme est là, qui la soutient, lui fait pleine confiance et ne l’abandonnera pas.

Vous faites de la guerre des sexes le lieu de l’amour. N’est-ce pas paradoxal ?

Bien sûr, c’est paradoxal ! Mais le philosophe pense par paradoxe, car seul le paradoxe donne à penser. Ce que je veux dire, c’est qu’il ne faudrait pas imaginer, pour que cesse la guerre des sexes, une paix, une entente, qui gommerait les différences, ni même la possibilité du différend (de la dispute). C’est bien parce que l’homme ne pourra jamais pleinement comprendre la femme, et la femme comprendre l’homme, qu’ils peuvent faire mieux que cela : s’aimer. La femme est pour un homme, et inversement, cette part du réel qui m’échappe mais que, parce qu’elle m’échappe, je peux accueillir.

Selon vous, la disparition du patriarcat et l’émancipation de la femme sont une chance à saisir pour les pères. Vous parlez d’une nouvelle ère de la paternité. Quelle est-elle ?

De deux choses l’une : ou bien on pense l’émancipation des femmes dans une Histoire qui la dépasse, notre Histoire, dont le pari, beau et risqué, fut de croire que la liberté humaine est possible et bonne ; ou bien on revient en amont de cette « catastrophe » (la moitié de l’humanité soustraite à l’esclavage) et on offre prise à la nostalgie du patriarcat. Le dernier roman de Houellebecq nous montre, entre autres, que le patriarcat est si peu conforme à l’impulsion chrétienne de notre civilisation que la nostalgie entretenue à son égard nous mènera loin en dehors de ce à quoi nous tenons. Voulez-vous vraiment de la polygamie pour vos filles ?

Qu’est-ce que cette ère de la paternité qui, nous l’espérons, s’ouvre ? C’est celle de l’élucidation du Dieu comme Père : d’un Dieu qui n’est pas la Mère Nature, celle qui enclôt l’homme et l’empêche de naître à lui-même, d’un Dieu qui met véritablement sa créature au monde pour pouvoir l’appeler par son nom et lier avec elle une relation filiale. Notre temps, qui s’apprête à produire des enfants sans père, en laboratoire, pourrait bien se révéler, à l’avenir, plus chrétien qu’on ne le croit… car si, au commencement, le père manque (simple donateur anonyme de sperme), le christianisme situe quant à lui la filiation au-delà du temps, non pas au commencement, mais à l’origine. La Révélation annonce à tous les orphelins qu’ils ont un Père. Les chrétiens doivent se préparer à cette annonce renouvelée et être, en famille ou par la prêtrise, d’authentiques figures paternelles.

Source : Antoine Pasquier Famille Chrétienne

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